Simon & Garfunkel : Les pionniers de l’harmonie poétique

Comment évoquer les duos folk sans mentionner Paul Simon et Art Garfunkel, ces deux amis d’enfance devenus légendes ? Actifs dès la fin des années 50, leur succès explose dans les années 60 avec des albums comme “Bookends” ou “Bridge Over Troubled Water”. Ce qui frappe chez eux, c’est la pureté de leur mélange vocal. Les harmonies de “The Sound of Silence” ou “Scarborough Fair” sont devenues des leçons d’élégance folk à elles seules. Mais au-delà de leurs voix, c’est leur capacité à refléter l’époque – entre romantisme et mélancolie sociale – qui les rend intemporels.

Bien que leurs différends aient mis fin à leur collaboration en 1970, leur influence reste monumentale. Des générations de musiciens, de Fleet Foxes à First Aid Kit, leur doivent énormément. Preuve en est : plus de 25 millions d’albums vendus rien qu’aux États-Unis, et un impact auditif indélébile dans l’histoire du folk.

First Aid Kit : Les voix célestes venues de Suède

Passons de l’Amérique des années 60 à la Suède contemporaine : avec Klara et Johanna Söderberg, alias First Aid Kit, le folk trouve un écrin de modernité sans renier la tradition. Dès leur reprise virale de “Tiger Mountain Peasant Song” de Fleet Foxes en 2008, leurs harmonies ont capté l’attention. Ce qui rend leur duo si magnétique, c’est cette manière de mêler des voix presque jumelles sur des textures à la fois délicates et puissantes.

Leur album “The Lion's Roar” (2012) marque une avancée majeure, avec des morceaux comme “Emmylou”, hommage lumineux à des figures du country comme Emmylou Harris et Gram Parsons. Le grain de leurs voix s’accorde aux instruments folk traditionnels tout en explorant des zones plus orchestrales. Si certains reprochent au duo une proximité avec l’americana, il n’en reste pas moins qu’elles apportent une fraicheur bienvenue au genre.

The Civil Wars : Une intensité dramatique inégalée

Les étoiles brûlent parfois trop intensément pour durer. C’est exactement ce qui semble caractériser le duo américain The Civil Wars, composé de Joy Williams et John Paul White. Leur union artistique, aussi brève soit-elle (de 2008 à 2014), a laissé une marque indélébile. Leur folk teinté de pop et de country est marqué par des textes souvent mélancoliques, servis par des harmonies vocales d’une perfection renversante.

L'album “Barton Hollow”, sorti en 2011, contient des joyaux tels que le titre éponyme ou encore “Poison & Wine”, des morceaux où la tension entre leurs voix traduit un univers à la fois intime et universel. Le Grammy Award qu’ils remportent en 2012 pour le “Meilleur album Folk” confirme leur impact dans le paysage musical. Toutefois, des tensions personnelles insurmontables mèneront à leur séparation, ajoutant encore un voile tragique à leur histoire.

Angus & Julia Stone : L’intimité comme marque de fabrique

Direction l’Australie avec le frère et la sœur Angus et Julia Stone. Dès leurs débuts en 2006, ces deux songwriters montrent un talent particulier pour créer des univers minimalistes où tout repose sur l’émotion brute. Leur force réside dans cette alternance vocale : les morceaux chantés par Angus, comme “Big Jet Plane”, possèdent une gravité mélancolique, tandis que ceux interprétés par Julia, à l’image de “For You”, semblent flotter dans une lumière douce et aérienne.

Leur album éponyme, produit par Rick Rubin en 2014, marque un tournant avec une sonorité enrichie mais toujours fidèle à leur essence. Sans jamais s’éloigner de l’intime, leur musique atteint un large public, cumulant plus de 500 millions d’écoutes sur Spotify pour certains titres. Cette popularité témoigne de la puissance émotionnelle et de l’authenticité qu’ils insufflent dans leur travail.

Mandolin Orange (désormais Watchhouse) : Une délicatesse roots inégalée

Enfin, comment ne pas parler de Mandolin Orange, désormais connu sous le nom de Watchhouse ? En duo sur scène comme dans la vie, Andrew Marlin et Emily Frantz incarnent une authenticité palpable dans leurs compositions. Profondément ancré dans les racines américaines du folk et du bluegrass, le tandem offre des arrangements simples mais d’une finesse remarquable, où mandoline et guitare dialoguent avec des lignes vocales qui semblent murmurées à l’oreille.

Leur album “Blindfaller” (2016) illustre cette capacité à allier simplicité et profondeur. Avec un morceau comme “Wildfire”, ils montrent que parfois, l’économie des moyens amplifie l’émotion. Leur réinvention sous le nom de Watchhouse en 2021 a démontré une envie d’évoluer tout en restant fidèles à cet ADN qui a séduit tant de fans de folk exigeants.

Pourquoi ces duos nous marquent-ils autant ?

Ces duos folk, malgré des histoires, des contextes et des sonorités parfois très différents, partagent des points communs essentiels. D’abord, il y a cette chimie vocale unique, qu’elle soit fondée sur des liens familiaux (First Aid Kit, Angus & Julia Stone) ou sur une connivence artistique presque énigmatique (The Civil Wars, Mandolin Orange). Ensuite, ils capturent une sincérité brute. Rien d’artificiel dans leurs compositions, qui ne jouent pas sur le grandiloquent mais s’insèrent dans ces micro-espaces d’émotions pures.

Enfin, ces duos nous rappellent l’essence même du folk : une musique d’histoires et d’âmes connectées. Dans un monde où l’on surproduit et où l’hyper-connectivité règne, ils proposent une échappatoire, un retour à des vibrations plus simples mais infiniment puissantes. Ce sont les harmonies d’hier, d’aujourd’hui et de demain, celles qui continueront de nous murmurer des vérités universelles, même après le silence final.

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